Après plusieurs semaines de fermeture à la suite de l’apparition des premiers cas de maladie à virus Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda est de nouveau ouverte depuis le 25 juin, mais sous certaines conditions.
Seules certaines catégories de voyageurs sont actuellement autorisées à franchir la frontière, notamment les travailleurs humanitaires, les personnes devant prendre un vol à Kigali ainsi que celles effectuant des opérations bancaires.
Un soulagement pour certains opérateurs économiques
Pour Justin Shukuru, opérateur économique à Bukavu, cette décision met fin à plusieurs semaines de difficultés. Depuis la fermeture des banques de Bukavu, il se rendait régulièrement à Kamembe, au Rwanda, afin d’effectuer des virements bancaires vers ses fournisseurs établis en Tanzanie et en Ouganda. La fermeture de la frontière l’avait contraint à recourir à des intermédiaires.
« Pour envoyer l’argent, il fallait aller au Rwanda. Mais avec la fermeture des frontières, il n’y avait pas moyen de traverser. Nous étions obligés d’envoyer l’argent à une personne se trouvant au Rwanda par Mobile Money, qui le déposait ensuite à la banque pour nos fournisseurs. Cela impliquait beaucoup de coûts et des risques, car nous envoyions parfois l’argent à des personnes que nous ne connaissions pas bien. Aujourd’hui, nous pouvons de nouveau traverser la frontière et effectuer nous-mêmes les transactions », explique-t-il.
Les autorités rwandaises encadrent toutefois strictement ces déplacements.
« À l’arrivée à la migration rwandaise, il nous est demandé notre destination. Si vous dites que vous allez à la banque, des taxis vous conduisent directement à la banque, attendent la fin de votre opération puis vous ramènent immédiatement à la frontière. Quant aux voyageurs, ils doivent présenter leurs billets d’avion pour être autorisés à traverser » fait savoir Justin
Les petits commerçants toujours pénalisés
Si cette réouverture partielle apporte un soulagement à une partie de la population, elle laisse encore de nombreux commerçants dans l’attente d’un retour complet à la normale.
Les petits commerçants transfrontaliers restent exclus des personnes autorisées à traverser. Pour s’approvisionner en marchandises, ils continuent de dépendre d’intermédiaires installés au Rwanda. Cette situation réduit leur marge de manœuvre et affecte directement la qualité de leurs activités commerciales.
« Avec cette situation, nous n’avons pas la possibilité de choisir nous-mêmes les marchandises ou de négocier les prix. Parfois, nous achetons à des prix élevés et les produits arrivent de mauvaise qualité », témoigne une vendeuse rencontrée au poste frontalier de Ruzizi I, venue vérifier si elle pouvait finalement traverser.
Des ménages confrontés à la hausse du coût de la vie
Les conséquences de la fermeture de la frontière se font également sentir dans les foyers. La ville de Bukavu dépend largement des produits alimentaires en provenance du Rwanda, notamment les tomates, les légumes ou encore la farine.
La réduction des échanges transfrontaliers a entraîné une hausse importante des prix, aggravant les difficultés économiques de nombreuses familles déjà touchées par les effets de la guerre et la fermeture des banques.
« Aujourd’hui, pour bien manger, il faut avoir au moins 20 dollars sur soi. Malheureusement, beaucoup de personnes sont au chômage et la fermeture des banques complique encore davantage la circulation de l’argent. Nous traversons une souffrance extrême. Avant la fermeture de la frontière, un sac de farine de maïs de 50 kg coûtait environ 50 000 francs congolais. Aujourd’hui, il se vend entre 90 000 et 100 000 francs », explique Adolphine Aksanti, mère de famille à Bukavu.
Une situation sanitaire sous contrôle
Sur le plan sanitaire, les autorités se montrent toutefois rassurantes. Le 16 juin, elles ont annoncé la guérison du troisième et dernier patient atteint d’Ebola pris en charge dans une structure sanitaire du Sud-Kivu.
À ce jour, aucun cas actif de maladie à virus Ebola n’est enregistré dans les villes de Bukavu et de Goma. Les autorités sanitaires maintiennent néanmoins un dispositif de surveillance renforcé afin de détecter rapidement tout nouveau cas éventuel.
Elles invitent également la population à continuer de respecter les mesures de prévention, notamment le lavage régulier des mains, l’hygiène et le signalement rapide de toute personne présentant des symptômes compatibles avec la maladie.
Par Patrick Kahondwa