À Bangui, capitale de la République Centrafricaine, la séance de dialogue Communautaire organisé, fin février dans le cadre de la campagne « Dialogue Action Climat » (#DAClimat2026), par l’Association des Médias pour le Développement (AMD), en collaboration avec Colibri Multiservices (COMUS) avec l’appui du Pulitzer Center, a constitué une étape majeure dans le renforcement du dialogue entre les médias, les institutions publiques, les organisations de la société civile et les citoyens engagés en faveur de la gouvernance climatique en République centrafricaine.
Au-delà d’un simple cadre d’échanges, cette rencontre a permis de mettre en lumière les défis environnementaux auxquels le pays est confronté et de rappeler le rôle déterminant des journalistes dans la sensibilisation des populations et le suivi des politiques publiques liées au climat.
Mieux informer pour faire émerger la participation citoyenne
Parmi les participants à cette rencontre, Annela Faustine Niamolo, journaliste et photographe centrafricaine reconnue pour son intérêt constant pour les questions sociales, politiques et environnementales. Elle a salué l’organisation de cette rencontre qu’elle considère comme particulièrement opportune. Selon elle, ce dialogue intervient à un moment décisif où la République centrafricaine doit renforcer la place des questions climatiques dans les politiques publiques, mais également dans les contenus médiatiques. « Cette rencontre intervient à un moment crucial pour la République centrafricaine, où les questions liées au changement climatique, à la protection des forêts et à la préservation du bassin du Congo restent encore insuffisamment abordées, aussi bien dans les médias que dans les campagnes de sensibilisation », affirme Annela Faustine Niamolo.
Pour la journaliste, cette initiative répond à un véritable besoin d’information. Les citoyens disposent encore de peu de peu d’opportunité d’accès aux contenus pertinents leur permettant de comprendre les enjeux de la gouvernance climatique et les conséquences concrètes des activités humaines sur leur environnement immédiat. Or, informer constitue une étape essentielle pour favoriser la participation des populations aux décisions qui concernent la gestion durable des ressources naturelles.
L’un des principaux atouts du Dialogue Action Climat (DAClimat2026) a résidé dans la diversité des participants réunis autour d’une même table, a reconnu Annela. Journalistes, représentants d’institutions publiques, membres d’organisations de la société civile, chercheurs, étudiants et acteurs communautaires ont pu partager leurs expériences, confronter leurs analyses et identifier ensemble les principaux défis auxquels fait face la République centrafricaine dans le domaine environnemental.
Le journalisme d’investigation pour mieux comprendre les enjeux environnementaux
Les discussions ont également bénéficié d’une approche innovante grâce à la présentation d’une enquête internationale consacrée à l’exploitation de l’or en République du Congo. (Chasse à l’or et déforestation en République du Congo : la désillusion verte | Pulitzer Center ). Cette enquête, fruit d’un travail de journalisme d’investigation, a permis d’illustrer les liens existant entre exploitation des ressources naturelles, corruption, criminalité environnementale et gouvernance publique.
Pour Annela Faustine Niamolo, cette dimension comparative a constitué une véritable valeur ajoutée. « La mise en avant du rôle des médias dans la gouvernance climatique est essentielle dans un pays où l’information environnementale reste peu structurée », souligne-t-elle. Selon elle, les journalistes centrafricains gagneraient à développer davantage de collaborations transfrontalières afin de mieux comprendre les dynamiques régionales qui affectent le bassin du Congo, un espace écologique partagé par plusieurs pays d’Afrique centrale.
Tout au long des échanges, les participants ont insisté sur la responsabilité particulière des médias dans la lutte contre le changement climatique. Au-delà de leur mission traditionnelle d’information, les journalistes peuvent contribuer à rendre plus lisibles les politiques environnementales, à enquêter sur les atteintes aux écosystèmes, à valoriser les initiatives locales de protection de la nature et à favoriser un débat public fondé sur des faits vérifiés.
La campagne Dialogue Action Climat a également rappelé que la qualité de l’information environnementale dépend largement de la capacité des journalistes à accéder à des données fiables, à bénéficier de formations spécialisées et à disposer du temps nécessaire pour conduire des enquêtes approfondies.
Des mécanismes de suivi des acquis des échanges Dialogue-Actions-Climat
Malgré l’intérêt suscité par cette rencontre, Annela Niamolo estime que plusieurs améliorations pourraient être envisagées lors des prochaines éditions afin de renforcer l’impact concret de cette initiative. Elle plaide notamment pour la mise en place d’un mécanisme de suivi des recommandations formulées pendant les dialogues afin d’évaluer leur niveau de mise en œuvre. Pour elle, les échanges ne doivent pas rester de simples espaces de réflexion, mais déboucher sur des actions concrètes impliquant les différents acteurs concernés. La journaliste recommande également un renforcement des capacités des professionnels des médias spécialisés dans les questions environnementales. Les formations devraient porter aussi bien sur les techniques d’investigation que sur les connaissances scientifiques relatives au climat, aux écosystèmes forestiers, à la biodiversité ou encore aux mécanismes internationaux de financement climatique, insiste-t-elle. Elle souligne également la nécessité d’améliorer l’accès aux données environnementales en République centrafricaine. « Les journalistes rencontrent encore de nombreuses difficultés pour obtenir des statistiques fiables, consulter certains documents administratifs ou accéder aux informations produites par les institutions publiques. Une plus grande transparence favoriserait la production de reportages de qualité et renforcerait le contrôle citoyen des politiques environnementales ».
Les collectivités locales cœur des politiques de gouvernance climatique
Autre priorité évoquée, une implication plus importante des collectivités locales dans les questions liées à la gouvernance climatique. Les communes, les autorités traditionnelles et les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans la gestion quotidienne des ressources naturelles. Cette expérience a profondément nourri la réflexion professionnelle de la journaliste Annela Faustine Niamolo. Les discussions auxquelles elle a participé lui ont permis d’identifier plusieurs sujets de reportages susceptibles d’apporter un éclairage nouveau sur les réalités environnementales du pays. Elle souhaite notamment enquêter sur la mise en œuvre effective des politiques climatiques dans les communes et les quartiers de Bangui, documenter les initiatives locales de protection des forêts, analyser les impacts sociaux des activités minières et donner davantage la parole aux communautés vivant à proximité des zones forestières.
Pour la journaliste, « ces reportages permettront de rapprocher les politiques nationales des préoccupations quotidiennes des populations et de montrer que les questions climatiques concernent directement les conditions de vie des citoyens ».
Une approche d’intervention au niveau local et régional
Depuis 2023, grâce à l’appui du Pulitzer Center, COMUS s’inscrit dans une dynamique d’intervention au niveau local et régional visant à renforcer la gouvernance climatique grâce au journalisme et au dialogue citoyen. L’initiative encourage les collaborations entre journalistes, chercheurs, organisations de la société civile et décideurs publics afin de produire une information indépendante, documentée et accessible sur les enjeux environnementaux qui touchent le bassin du Congo et au-delà.
Plusieurs pays africains ont déjà bénéficié des différentes campagnes de sensibilisation organisées par COMUS, grâce à l’implication de structures locales regroupant des journalistes et des acteurs de la société civile. Parmi les pays concernés figurent la République Démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Rwanda, l’Ouganda, le Cameroun, le Tchad et le Gabon. Dans chacun de ces pays, les séances de dialogue communautaire ont permis de créer des espaces de concertation, de renforcer les capacités des médias et de promouvoir une meilleure compréhension des défis liés à la gouvernance des ressources naturelles.
À Bangui, cette nouvelle édition confirme ainsi la volonté des partenaires de poursuivre leurs efforts pour faire émerger un journalisme environnemental plus solide, plus indépendant et davantage tourné vers les préoccupations des populations. Face aux défis climatiques qui s’intensifient dans le bassin du Congo, le renforcement des compétences des journalistes, l’amélioration de l’accès à l’information et le développement du dialogue entre tous les acteurs apparaissent plus que jamais comme des leviers indispensables pour construire une gouvernance environnementale durable et inclusive en Afrique centrale.
Par Desanges Kavira