Nord-Kivu : suspension des bus et taxis entre Goma et Butembo pour endiguer Ebola

Le gouvernorat du Nord-Kivu, sous administration AFC/M23, a annoncé vendredi 22 mai 2026 la suspension immédiate du transport de passagers par bus et taxis « Leo Leo » entre Goma et Butembo. La mesure, effective samedi 23 mai, vise à empêcher la propagation de la souche Bundibugyo du virus Ebola, alors que la RDC enregistre désormais 83 cas confirmés et 176 décès suspects, selon la dernière mise à jour du ministère de la Santé publiée jeudi 21 mai.

Le vice-gouverneur Bahati Chadrack, signataire du communiqué, précise que seuls les véhicules de transport de marchandises sont autorisés à circuler, avec uniquement le chauffeur et son aide à bord. À ce jour, un seul cas confirmé d’Ebola – souche Bundibugyo – a été officiellement enregistré à Goma. Mais l’évolution épidémiologique inquiète : l’Ituri reste l’épicentre avec 80 cas confirmés, tandis que le Nord-Kivu compte trois cas (Goma, Butembo, Katwa) et le Sud-Kivu 1 cas (Miti-Murhesa).

Une situation épidémiologique qui s’aggrave

Selon le rapport de situation publié par le ministère de la Communication et Médias sur X ce 23 mai, l’épidémie touche désormais trois provinces – l’Ituri, le Nord‑Kivu et le Sud‑Kivu – et 11 zones de santé sont affectées. On dénombre 83 cas confirmés et 746 cas suspects cumulés.

Ces chiffres officialisent une forte progression par rapport au précédent bilan du ministère de la Santé en date du 21 mai, qui faisait état de 51 cas confirmés et 4 décès, ainsi que d’une extension au Sud‑Kivu. Le Nord‑Kivu compte désormais trois cas confirmés (Goma, Butembo, Katwa). L’OMS a classé l’épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale, le risque étant jugé élevé aux niveaux national et régional.

Goma de plus en plus enclavée

Cette suspension intervient dans un contexte où Goma est déjà soumise à de fortes contraintes de mobilité. L’aéroport international de la ville est fermé depuis plus d’un an, et les banques sont également à l’arrêt. Les deux pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda, ont décidé de fermer leurs frontières aux Congolais. La route Goma–Butembo–Beni constituait ainsi l’un des derniers corridors terrestres encore ouverts, ce qui rend la mesure d’autant plus lourde de conséquences pour les habitants.

Méfiez-vous des rumeurs : l’autre épidémie

Alors que le virus progresse, la désinformation continue de semer le doute et d’alimenter des comportements dangereux. Des informations erronées circulent largement sur les réseaux sociaux : certains jeunes doutent encore de l’existence même de l’épidémie, tandis que d’autres refusent les inhumations sécurisées au motif de croyances mystiques. Ce jeudi 21 mai, à l’hôpital général de Rwampara (Ituri), des jeunes ont incendié deux tentes qui abritaient des patients atteints d’Ebola, exigeant le corps d’une victime en préparation pour une inhumation sécurisée.

L’Alliance pour l’action médicale internationale (Alima) alerte sur les dangers de ces rumeurs : elles alimentent la peur, la défiance envers les équipes médicales et entravent l’accès aux soins. Le docteur Jean Kaseya, directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, rappelle que l’automédication est formellement déconseillée. Il invite toute personne présentant des symptômes (fièvre soudaine, fatigue, maux de tête, vomissements, diarrhées) à se rendre immédiatement dans un centre de santé.

Mesures barrières : les gestes qui sauvent

Face à cette situation, le gouvernement et l’OMS rappellent les consignes essentielles :

  • Lavez‑vous fréquemment les mains à l’eau et au savon, ou utilisez une solution hydroalcoolique.
  • Évitez tout contact physique avec une personne fébrile ou présentant des saignements inexpliqués.
  • Ne touchez pas aux dépouilles des défunts suspectés d’Ebola : les corps restent très contagieux. Seules les équipes formées doivent procéder aux inhumations sécurisées.
  • Signalez sans attendre tout cas suspect ou tout décès au centre de santé le plus proche, ou appelez le numéro vert gratuit 151, comme le rappelle le ministère dans son dernier rapport.
  • Ne cédez pas aux rumeurs : ne partagez aucune information non confirmée par les sources officielles (ministère de la Santé, OMS, COUSP). Les fake news peuvent faire plus de dégâts que le virus lui‑même.

Une mobilisation générale indispensable

Les autorités insistent sur le caractère exceptionnel des mesures prises. Dans un contexte où aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe contre la souche Bundibugyo, la prévention et la responsabilité individuelle restent les seules armes efficaces. La population est appelée au calme, à la vigilance et au respect scrupuleux des gestes barrières.

La suspension des transports entre Goma et Butembo reste en vigueur jusqu’à nouvel ordre. Le ministère de la Santé et ses partenaires poursuivent la coordination de la riposte via le COUSP et l’Institut national de santé publique, avec des équipes déployées sur l’ensemble des zones affectées.

Par Monique Mpabuka

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