Impliquer les jeunes dans la gestion de l’eau pour protéger la nature et limiter les conflits en RDC, un plaidoyer de Serge Bashonga au 9ème Forum Mondial de l’Eau de Dakar 2022

Jeune activiste dans la protection de l’environnement, Serge Bashonga est engagé dans la sensibilisation pour une meilleure gestion de l’eau. Dans cette interview exclusive accordée à Afia Amani Grands lacs, il parle de sa participation au 9ème Forum Mondial de l’eau, Dakar 2022.

AAGL : Serge Bashonga, vous êtes un jeune de Goma, dans la province du Nord-Kivu, à l’Est de la RDC, vous revenez de Dakar où vous avez pris part du 21 au 26 mars 2022 au 9ème Forum Mondiale de l’eau.  Pouvez-vous vous présenter un peu plus largement et nous parler de la raison de votre engagement sur la question de l’eau ?

SB : Je suis Serge Bashonga, activiste de l’eau et du climat de la RDC, Président du RJPEA-RDC (Réseau des jeunes professionnels de l’eau et de l’assainissement de la RDC) et membre du Parlement Mondial de la Jeunesse pour l’Eau.

Depuis 2017, je suis impliqué dans plusieurs activités et projets des jeunes sur les questions liées à la préservation des ressources en eau, à l’assainissement, et à l’environnement.

Mon pays la RDC regorge d’importante potentialité hydrique estimé à 52% d’eau douce de tout le continent Africain, malheureusement seul 52 % des congolais ont accès à l’eau potable et seulement 29% ont accès à un assainissement amélioré. A cela s’ajoute de nombreux défis comme l’augmentation de la population, l’insécurité alimentaire, la pollution, le dérèglement climatique et le partage des eaux générant des tensions voir des conflits au niveau des pays avec lesquels nous partageons les mêmes bassins transfrontaliers. Face à ces défis, je suis donc convaincu que les jeunes qui sont les premières victimes peuvent contribuer énormément à la meilleure gestion des ressources en eau mais aussi à la recherche de solutions aux difficultés d’accès à de l’eau potable et à l’assainissement à travers l’innovation, le développement des technologies et la créativité, afin de  contribuer ainsi à l’atteinte de l’ODD6 (Objectif du Développement durable n°6 : « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau ». Le sixième objectif vise donc, un accès universel et équitable à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement d’ici 2030, en particulier pour les populations vulnérables.

AAGL : Quelle a été la démarche qui a conduit à votre sélection pour participer à ce forum, est-ce votre première participation ou vous aviez déjà pris part aux précédentes éditions ?

SB : Tout d’abord il faut noter que c’est ma toute première participation au Forum Mondial de l’Eau. Les démarches remontent depuis 2019 lorsque les organisateurs voulaient un forum inclusif avec les jeunes au cœur du processus ; et c’est à ce moment-là qu’ils recherchaient  de leaders d’organisations et réseaux des jeunes pour l’eau  en Afrique et à travers le monde pour mettre en place un comité de pilotage jeunesse chargé de travailler sur le plan d’action et la note de cadrage pour la participation des jeunes au Forum Mondial de l’eau, et à travers le RJPEA-RDC, j’étais parmi  ceux qui avaient été sélectionnés pour le compte de l’Afrique Centrale et voilà comment j’avais été impliqué dans les processus dès le début au kick off meeting jusqu’au forum proprement dit. 

 

AAGL : Quelle a été votre mission ou le rôle que vous avez joué dans la 9ème édition du forum mondiale de l’eau à Dakar ?

SB : D’abord j’aimerais rappeler que le Forum Mondial de l’eau est le plus grand évènement mondial sur l’eau organisé tous les 3 ans depuis 1997 par le Conseil mondial de l’eau. Il rassemble les gouvernements, les institutions multilatérales, le secteur privé et la société civile pour collaborer et rechercher des solutions sur les défis mondiaux liés à l’eau. Cette année, il s’est tenu sous le thème de ‘’la sécurité de l’eau pour la paix et le développement’’.  Ma mission, comme celle de mes pairs jeunes venus du monde entier était celle de contribuer aux réflexions pour une meilleure gestion de l’eau, de plaider pour l’intégration des jeunes dans la gouvernance de l’eau, les instances de prise des décisions, et l’accès aux financements.

AAGL : Que pouvons-nous retenir en résumé de ce que votre participation à ce 9ème Forum mondial de l’eau vous a apporté ?

SB : Participer à ce forum m’a permis d’approfondir mes connaissances en matière de la sécurité de l’eau et de l’assainissement surtout à travers le concept de solutions basées sur la nature (NBS), mais aussi d’élargir mon réseau et sphère de relations à travers le networking avec différents participants et avec lesquels j’espère d’ailleurs collaborer dans des futures initiatives. J’ai également rencontré de hauts responsables d’organismes de bassins transfrontaliers tel que le bassin du Congo, le bassin du Nil, le bassin du lac Kivu et le bassin du lac Tanganyika avec lesquels j’ai plaidé pour l’implication de la jeunesse congolaise dans leurs différentes activités et projets car qui parle de la coopération transfrontalière des ressources en eau parle de l’engagement de toutes les parties prenantes et en particulier les jeunes.

Je suis convaincu que cet évènement qui m’a permis d’affiner ma compréhension sur les enjeux, jouera un rôle déterminant dans la façon dont je m’engagerais dans le futur afin de relever les défis du secteur de l’eau et de l’assainissement dans mon pays.  Je remercie sincèrement le secrétariat exécutif du 9ème Forum Mondial de l’eau pour la prise en charge de ma participation au forum mais aussi les efforts fournis pour la réussite de celui-ci malgré les incertitudes du moment due à la COVID-19. Merci aussi au Parlement Mondial de la jeunesse pour l’eau (PMJE) de m’avoir sélectionné pour représenter la jeunesse congolaise à sa 5ème Assemblée Générale tenu dans le cadre d’activités pré forum.

AAGL : Plus concrètement, comment comptez-vous mettre en œuvre ou matérialiser les idées nouvelles reçues de ce 9ème forum mondial de l’eau, à travers les deux organisations dont vous êtes membre : Le Réseau des jeunes professionnels de l’eau et de l’assainissement de la RDC et le Parlement Mondial de la Jeunesse pour l’Eau ?

SB : Avec mes collaborateurs, nous envisageons mettre en place une initiative pilote de préservation des ressources en eau d’un lac de notre pays à travers des solutions basées sur la nature. Nous allons également mettre en place plus d’initiatives d’entreprenariats bleu et vert pour promouvoir l’autonomisation de nos membres. En fin, vous savez aussi que quand on parle de la pollution des ressources en eau, de l’assainissement et de l’hygiène, nous voyons en premier un problème de comportement, or l’information et la communication sont des instruments fort sur lesquels on peut s’appuyer pour changer le comportement des gens, c’est pourquoi d’ailleurs nous comptons intensifiés nos actions d’information et de communication à travers un projet intéressant que nous vous dévoilerons d’ici peu. Je sais que les défis sont énormes et que nous ne pouvons pas réaliser tout ceci seul c’est pourquoi je lance un appel aux partenaires et personnes de bonne foi avec qui on peut collaborer pour réaliser tous ces objectifs, au bénéfice bien sûr de nos populations.

AAGL : Serge Bashonga, nous vous remercions et vous encourageons dans ce combat pour la nature.

SB : C’est moi qui vous remercie pour l’opportunité que vous m’offrez de partager ces quelques idées sur mon expérience au 9ème forum mondial de l’eau.

 

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