Le 25 novembre 2025, Pole Institute, à travers le Programme des jeunes Peace Fellow, a réuni une centaine de jeunes de la ville de Goma à l’hôtel La Joie Plaza pour une activité de dialogue interculturel placée sous le thème : « La diversité culturelle : frein ou moteur de la cohésion sociale ? ». Cette rencontre a rassemblé des jeunes issus de différentes communautés : étudiants, artistes, enseignants et acteurs sociaux.
L’objectif principal était d’amener les participants à réfléchir sur le rôle de la diversité culturelle dans la société et sur la manière dont elle peut contribuer au vivre-ensemble, afin d’encourager les jeunes à devenir des acteurs positifs de cohésion sociale, capables de déconstruire les préjugés, stéréotypes et rumeurs qui alimentent les tensions dans la région.
Dans son mot d’ouverture, le directeur de recherche de Pole Institute a rappelé que depuis 2012, l’organisation travaille avec plusieurs pays de la région (Rwanda, Burundi, Ouganda) dans le cadre d’un programme transfrontalier mené en partenariat avec Interpeace. Il a souligné que ce programme vise à accompagner les communautés dans la médiation, la cohabitation pacifique et la compréhension mutuelle. Il a aussi encouragé les jeunes à valoriser leurs cultures et leurs langues, essentielles pour la construction d’une paix durable.
La rencontre a été modérée par deux jeunes peace Fellow, qui ont débuté par une activité symbolique : chaque participant a été invité à dire « bienvenue » dans sa langue maternelle, créant une atmosphère chaleureuse et inclusive.
Les jeunes ont exprimé leurs attentes dès le début : mieux comprendre les mécanismes de cohésion sociale, apprendre à contribuer au vivre-ensemble et s’engager personnellement contre les divisions communautaires. Ils ont ensuite proposé leurs propres définitions des mots-clés :
- Cohésion sociale : « kuishi pamoja kwa umoja » (vivre ensemble dans l’unité).
- Diversité culturelle : « uwingi wa makabila, kuishi fasi moja na kuongeya luga zote » (pluralité des ethnies, vivre ensemble et parler toutes les langues).
Illustrations par le théâtre
Pour illustrer les tensions et stéréotypes qui minent la société, plusieurs scènes de théâtre ont été jouées : La première mettait en scène un homme ivre dénonçant la vitesse de propagation des rumeurs et leurs impacts sur les divisions communautaires : « Les rumeurs voyagent plus vite que les avions », lançait-il. Une autre scène abordait le tribalisme en milieu universitaire, la discrimination liée au genre et les obstacles aux mariages intercommunautaires.
Après la partie culturelle, les participants se sont répartis en dix groupes de huit, et ont travaillé sur des questions telles que : « Comment les réseaux sociaux peuvent-ils promouvoir le vivre-ensemble plutôt que la division ? ».
Les échanges ont été riches. Chaque groupe a présenté ses travaux et certains ont partagé des expériences personnelles de préjugés, ouvrant ainsi le débat. Les discussions ont insisté sur la lutte contre les discours de haine en ligne et la nécessité de promouvoir une culture de collaboration plutôt que de compétition.
Un moment de danse et de musique traditionnelle a apporté une ambiance joyeuse. Au son de Maina en nande et d’une chanson de Mufirista, l’unité et la diversité culturelle se sont exprimées en rythmes.
Le directeur de recherche de Pole Institute a mis en garde contre l’impact destructeur des rumeurs, en particulier celles visant des communautés : « Les rumeurs sont toujours toxiques au vivre-ensemble ». Il a appelé chacun à ne pas en devenir le relais.
Selon lui, le vivre-ensemble est souvent détruit par une mauvaise éducation reçue en famille. Il a exhorté les parents à transmettre des valeurs de paix dès l’enfance et les enseignants, véritables transmetteurs de valeurs, à assumer leur rôle dans la construction d’une nation unie et inclusive.
Témoignages
Exaucé, étudiant en droit : « La diversité culturelle est un moteur du vivre-ensemble et peut soutenir le développement. Chaque communauté ne se suffit pas à elle-même, on peut apprendre des autres. Pole Institute est une école où l’on nous enseigne le vivre-ensemble, pas la haine. »
Kahindo Lucie, participante : « Ce que j’ai apprécié, c’est de voir les gens rire, discuter, partager des expériences sans même connaître l’ethnie de leur voisin. La diversité culturelle est une richesse. » Elle a choisi d’écrire le mot harmonie sur le mur des paroles positives : « C’est dans l’harmonie que réside la vraie cohésion sociale. »
Les participants ont pris part à un moment symbolique en écrivant leurs engagements pour la cohésion sociale et des mots positifs liés à la paix sur un mur dédié.
Cette journée de dialogue interculturel, qui a réuni des jeunes venus de tous les coins de Goma et de différentes confessions religieuses, a démontré que la jeunesse peut être un véritable moteur de paix, dès lors qu’elle s’exprime, qu’elle écoute et qu’elle choisit de valoriser les cultures plutôt que de les opposer.
