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Goma : entre tabous et désinformation, les obstacles des journalistes sur la santé sexuelle et reproductive

Le vendredi 3 avril 2026, une vingtaine de journalistes et blogueurs de la ville de Goma ont pris part à une réunion trimestrielle organisée par Action pour les Droits Solidaires (ADS). Ce rassemblement s’inscrit dans le cadre du réseau des journalistes créé à la suite de la formation organisée en décembre 2025 sur les droits à la santé sexuelle et reproductive (SSR) et les violences basées sur le genre. L’objectif de cette rencontre était d’analyser les difficultés rencontrées par les journalistes dans la communication sur la SSR, dans un contexte marqué par les tabous culturels, les résistances religieuses et la désinformation.

Le mot d’ouverture a été prononcé par le Directeur Exécutif de l’organisation, Yassin Tusingwire, qui a rappelé l’importance du rôle des médias dans la sensibilisation de la population. En effet, les journalistes sont des acteurs clés pour lutter contre les fausses informations et faciliter l’accès à des messages fiables sur la SSR. :« Cette réunion vise à clarifier l’information sur la santé sexuelle et reproductive et à renforcer la capacité des journalistes à informer la communauté de manière responsable », a-t-il lancé.

Au cours des échanges, les participants ont reconnu que la santé sexuelle et reproductive reste un sujet sensible dans la communauté.
« Parler de contraception ou d’avortement sécurisé est souvent perçu comme un péché », a témoigné un journaliste. A un autre d’ajouter : « Les croyances religieuses et culturelles ferment souvent la porte à toute discussion ».
Une blogueuse a expliqué : « Certains accusent la santé sexuelle d’être une influence étrangère ou néocoloniale ».

D’autres estiment que parler de ces sujets incite les jeunes à la débauche, alors que ceux-ci sont déjà exposés aux risques de maladies, de grossesses non désirées et d’avortements clandestins, puisqu’ils sont déjà sexuellement actifs.

Rumeurs, stigmatisations et obstacles juridiques

Les journalistes ont également dénoncé les rumeurs et la stigmatisation. « On nous traite parfois de superviseurs de l’avortement simplement parce que nous informons », a confié un participant, soulignant que ces accusations freinent la diffusion d’une information correcte. Certains ont même reconnu avoir supprimé des publications pour éviter d’être jugés.

Un autre défi évoqué concerne le manque de vulgarisation des textes de loi existants sur la SSR. « Les lois existent, mais elles ne sont pas connues de la population », a expliqué un journaliste, appelant les médias à jouer pleinement leur rôle de sensibilisation.

La dépendance financière de certains médias a aussi été pointée du doigt. Lorsqu’ils sont financés par des structures opposées à la SSR, ils se voient parfois interdire de traiter ces questions. Les médias confessionnels, en particulier, continuent de considérer la sexualité comme un tabou, malgré son importance dans la vie quotidienne.

Le rôle fondamental des journalistes

Face aux intox et infox sur la SSR, les participants ont rappelé la mission fondamentale du journaliste : « Notre rôle est de dire la vérité et de diffuser des informations vérifiées », a affirmé une journaliste. Un autre a insisté sur l’importance de s’appuyer sur des faits vécus dans la communauté, notamment les cas de décès liés aux avortements clandestins pratiqués dans des conditions dangereuses.

Les journalistes ont également appelé à diversifier les thématiques abordées afin de ne pas réduire la SSR uniquement à l’avortement sécurisé. La question de l’inclusion des personnes vivant avec un handicap a occupé une place importante dans les échanges. Des exemples positifs ont été cités, notamment la présence d’interprètes en langue des signes dans certains journaux télévisés.

Recommandations et engagement

Les participants ont recommandé à l’ADS d’étendre les activités de sensibilisation vers les milieux ruraux et de ne pas se limiter à la ville. Ils ont également demandé un meilleur accès aux sources d’information et aux données vérifiables pour renforcer la qualité du travail journalistique. À travers cette rencontre, les journalistes et blogueurs de Goma ont réaffirmé leur engagement à informer avec responsabilité et courage, poursuivant leur travail malgré les défis persistants.

Monique Mpabuka

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