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Ouganda-Camp de Bidi bidi , le 24/05/2017 : Course pour prendre sa place dans la très longue file d'attente afin de recevoir sa portion de nourriture mensuelle.

Réfugiés en Ouganda : quand la baisse de l’aide internationale alimente faim et insécurité

Dans plusieurs camps de réfugiés en Ouganda, les conséquences de la réduction de l’aide internationale se font déjà sentir : moins de nourriture, des difficultés à payer la scolarité des enfants et un accès aux soins de plus en plus limité.

Avec près de deux millions de réfugiés, l’Ouganda est aujourd’hui le pays qui en accueille le plus grand nombre en Afrique, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). La majorité d’entre eux ont fui les conflits dans les pays voisins, notamment au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo, et vivent dans treize camps répartis sur onze districts.

Depuis janvier 2025, la suspension de certains financements de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), combinée à une baisse plus générale de l’aide internationale, fragilise profondément ce système d’assistance. Résultat : réduction des rations alimentaires, difficultés d’accès à l’éducation et aux soins, montée des vols et tensions sociales.

Des rations réduites, des familles fragilisées

Depuis avril 2025, de nouvelles dispositions ont été mises en œuvre dans plusieurs camps. Certaines familles ne reçoivent plus que 30 % de leur assistance habituelle, d’autres environ 60 %, tandis que les ménages jugés moins vulnérables ont vu leur aide totalement suspendue.

Cette assistance, versée en espèces ou via mobile money en shillings ougandais, permettait aux bénéficiaires d’acheter eux-mêmes les produits de première nécessité sur les marchés locaux. Chaque membre du foyer recevait auparavant entre 10 000 et 16 000 shillings par mois, une somme modeste mais souvent vitale.

Avec la réduction ou la suppression de cette aide, l’équilibre déjà fragile sur lequel reposait la survie de nombreux ménages s’est brutalement effondré.

L’inquiétude des familles

Les familles exclues du programme expriment une profonde inquiétude face à la dégradation rapide de leurs conditions de vie. Mbarushimana Eliya, père de cinq enfants, témoigne :
« Ma famille dépendait entièrement de cette assistance. Avec cinq enfants et une femme enceinte, je ne sais plus comment subvenir à leurs besoins. Il n’y a presque pas de travail ici et il nous arrive de passer la journée sans manger. »

Josline Neema, mère célibataire de six enfants, partage la même détresse : « Je vis seule avec mes enfants et je ne sais plus comment les nourrir. Je cherche de petits travaux, mais je n’en trouve presque jamais. Je m’inquiète beaucoup pour leur avenir. »

Même les familles recevant une aide partielle peinent à faire face à la hausse du coût de la vie. Miriam explique : « Avant, nous mangions trois fois par jour. Aujourd’hui, je ne peux donner qu’un seul repas à mes enfants. C’est très difficile de les voir grandir dans ces conditions. »

Une insécurité en hausse

La diminution de l’aide n’a pas seulement aggravé la faim : elle entraîne aussi une recrudescence des vols dans les camps. Les autorités locales signalent une augmentation des larcins visant des biens de première nécessité : sacs de farine, ustensiles de cuisine, vêtements ou petites réserves de nourriture. « Les gens ne volent pas par choix, mais parce qu’ils ont faim », reconnaît un chef de bloc.

Ces tensions fragilisent les mécanismes de solidarité construits au fil des années, comme le partage de nourriture ou l’entraide entre voisins.

L’éducation des enfants menacée

La réduction du financement humanitaire affecte également l’éducation. Pendant plusieurs années, l’organisation Finn Church Aid (FCA) prenait en charge une partie des frais scolaires et des fournitures. Faute de moyens, elle a récemment fermé ses bureaux.

Les parents doivent désormais assumer seuls ces dépenses, alors que leurs ressources diminuent. Les frais scolaires ont fortement augmenté :

  • 1re à 3e année primaire : de 5 000 à 15 000 shillings par trimestre
  • 4e et 5e année primaire : de 10 000 à 18 000
  • 6e année primaire : 20 000
  • 7e année primaire : 30 000

Pour de nombreuses familles, ces montants sont insurmontables. Le directeur d’une école explique que l’établissement fonctionne aujourd’hui avec seulement 19 enseignants sur les 58 prévus.

Des soins de santé plus difficiles d’accès

Le secteur de la santé n’est pas épargné. Certaines maladies nécessitant un transfert vers des structures spécialisées ne sont plus systématiquement prises en charge. Les familles doivent assumer elles-mêmes les frais de transport, d’examens ou de traitements, ce qui accroît leur inquiétude face à l’avenir.

Certains travailleurs humanitaires rappellent que les réfugiés avaient été sensibilisés dès 2024 à la possibilité d’une réduction de l’aide. Mais beaucoup ne s’attendaient pas à une mise en œuvre aussi rapide.

« Trouver du travail ici est très difficile. Ils auraient dû réduire l’aide progressivement », estime Chantal Mugeni, réfugiée depuis plus de quinze ans.

Un système dépendant des financements extérieurs

Le HCR, qui coordonne l’assistance aux réfugiés en Ouganda, dépend largement des contributions volontaires des États donateurs. La suspension ou la réduction d’un financement majeur fragilise l’ensemble du dispositif humanitaire. « Nous travaillons dans un système où les ressources dépendent de décisions politiques prises loin d’ici », souligne un acteur humanitaire.

En attendant une amélioration, les réfugiés devront développer de nouvelles stratégies de survie pour combler le vide laissé par la diminution de l’aide internationale.

Desange Kihuha

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